Les habitants du territoire de Mahagi, en province de l’Ituri, sont privés de viande depuis plus d’une semaine, soit depuis le mercredi 23 juillet 2025. Cette situation fait suite à l’arrestation de deux personnes parmi les bouchers locaux par l’auditorat militaire de garnison de Bunia, à travers son parquet détaché à Mahagi.
D’après des sources contactées par Visibilitemediapro.cd le samedi 2 août, tout serait parti de la saisie d’une importante quantité de viande en provenance de l’Ouganda. Celle-ci était vendue à un prix bien inférieur à celui pratiqué localement, avec la complicité supposée de certains agents de l’État. Les bouchers de Mahagi, estimant que cette concurrence était déloyale, ont saisi la marchandise et l’ont remise à la police. L’auditorat militaire s’est ensuite emparé du dossier et a procédé à l’arrestation de plusieurs personnes impliquées.
« Nous importons les bêtes depuis l’Ouganda car, en RDC, elles sont rares et chères à cause de l’insécurité et de la forte demande. Nous payons tous les services concernés, avec la feuille de route. Nous revendons ensuite la viande à 18 000 shillings (environ 5 dollars). Mais récemment, des bouchers ougandais sont venus vendre à 14 000 shillings (3,5 dollars), avec l’aide de certains agents de l’État. Nous avons remis la viande à la police, mais nous avons été surpris que l’auditorat arrête un vétérinaire et un boucher qui avaient reçu ordre de vendre la viande saisie avant sa détérioration », explique un boucher de Mahagi.
Ce dernier déplore également les frais engagés pour obtenir la libération de leurs collègues.
«Pour les faire libérer, nous avons dû payer plus de 300 dollars à l’auditorat, malgré une lettre de l’administrateur militaire demandant leur relaxation. Nous exigeons le remboursement de cette somme avant de reprendre l’abattage. Nous demandons aussi que la viande venue d’Ouganda n’entre plus illégalement à Mahagi et que les services de l’économie et de la DGRPI fassent correctement leur travail. Sinon, nos boucheries resteront fermées jusqu’à nouvel ordre », a-t-il ajouté.
Le service de l’élevage de Mahagi, de son côté, suit attentivement la situation. L’inspectrice territoriale, Mme Dane Esther Atimnedi, alerte sur les risques sanitaires liés à l’importation incontrôlée de viande.
« Les maladies animales que nous constatons ici proviennent principalement d’Ouganda. La viande destinée aux deuils et autres événements est souvent importée sans aucun contrôle vétérinaire, car elle entre par des voies non officielles. Cela favorise la propagation de maladies chez les porcs, vaches, chèvres, moutons, poules, etc. », précise-t-elle.
En attendant une solution, la population de Mahagi reste sans alternative. Les boucheries sont à l’arrêt, et seuls les habitants proches de la frontière continuent à se ravitailler en Ouganda, malgré les risques sanitaires liés à l’absence d’expertise vétérinaire. Les habitants interrogés dans les rues de Mahagi ce 2 août appellent les autorités à tous les niveaux à trouver une solution urgente et durable à cette crise.
Jean Maurice Udaga



