Dans la nuit du 26 au 27 juillet, un carnage d’une violence inouïe a endeuillé la paroisse Bienheureuse Anuarite à Komanda. Plus de 40 jeunes fidèles catholiques, réunis pour célébrer le jubilé des 25 ans de la Croisade Eucharistique, ont été sauvagement tués à la machette et au bâton dans la salle polyvalente paroissiale.
Dans une déclaration rendue publique le 28 juillet, l’Association Justice et Paix Congo, antenne du diocèse catholique de Bunia, a exigé la levée immédiate de l’état de siège en Ituri et le remplacement des forces de sécurité présentes à Komanda au moment du drame.
« Il ne s’agit plus d’une simple défaillance, mais d’un échec systémique. Quatre années d’état de siège, et les civils continuent de mourir, parfois à quelques mètres des positions militaires », dénonce l’Abbé Chrysanthe Ngabu, coordinateur diocésain de Justice et Paix.
Une attaque ciblée contre des fidèles en pleine veillée
Le 26 juillet, la paroisse de Komanda était en fête. Après la messe, les chants et les prières, les jeunes venus de plusieurs localités avaient été raccompagnés, tandis que les fidèles locaux poursuivaient la veillée dans la salle paroissiale. Vers 1h du matin, des assaillants identifiés comme membres du groupe rebelle ADF/NALU ont fait irruption, armés de machettes, de bâtons et d’armes à feu. Plusieurs jeunes ont été égorgés ou battus à mort, des véhicules incendiés, des maisons pillées et des personnes enlevées.
Une sécurité défaillante à proximité des forces armées
Le massacre s’est produit à moins de trois kilomètres d’une base de la MONUSCO, dans une zone censée être sous contrôle des FARDC. Pourtant, aucune intervention rapide n’a été signalée, aucun renfort n’est arrivé à temps, et aucun poste avancé n’a empêché l’intrusion des assaillants.
« Où étaient les militaires ? Où était la Police ? Que faisait la MONUSCO ? Peut-on encore parler d’un État protecteur ? », s’interroge Justice et Paix.
Le silence des autorités nationales et provinciales tout au long du dimanche a exacerbé la colère. Ce n’est qu’en soirée qu’un porte-parole de l’armée a évoqué une possible « complicité », sans engagement clair ni compassion manifeste.
Des conséquences humanitaires et spirituelles alarmantes
L’attaque a provoqué un exode massif vers Bunia, Beni et Kisangani. À Komanda, les activités économiques, scolaires et religieuses sont suspendues. À Bunia, la crise humanitaire s’aggrave avec l’arrivée de déplacés entassés dans des conditions précaires. Le choc spirituel est profond chez les jeunes catholiques.
Justice et Paix estime que cette attaque vise délibérément les communautés chrétiennes, citant une agression similaire survenue récemment à Lopa.
L’organisation formule six exigences immédiates :
- Levée sans condition de l’état de siège en Ituri ;
- Remplacement des forces de sécurité présentes à Komanda et ouverture d’une enquête indépendante ;
- Refonte de la stratégie sécuritaire de l’État ;
- Implication renforcée de la MONUSCO dans la protection des civils ;
- Poursuites judiciaires contre les auteurs et complices du massacre ;
- Reconnaissance du statut de martyr pour les victimes chrétiennes tuées en pleine activité pastorale.
Appel à l’unité et à la résistance pacifique
Justice et Paix adresse ses condoléances aux familles des victimes, désormais qualifiées de « martyrs de la foi ».
« Ils priaient, ils chantaient, ils célébraient. Ils ont été égorgés dans leur sanctuaire. Leur sang crie au ciel. »
Face aux tensions et aux risques de haine communautaire, l’organisation appelle à l’unité, à la vigilance et à une résistance pacifique contre la barbarie.
« L’Ituri ne doit pas devenir un cimetière de l’indifférence. Le sang versé doit réveiller les consciences. »
Heri Budjo Joël




