La tension est montée d’un cran ce dimanche matin dans les territoires de Djugu et d’Irumu, en province de l’Ituri. Des affrontements d’une rare intensité ont opposé les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) aux éléments du groupe armé CRP, notamment dans les localités de Solenyama (Irumu) et Iga Barrière (Djugu).
Selon plusieurs sources locales, les hostilités ont débuté à l’aube à Solenyama, à une dizaine de kilomètres au nord-ouest de Bunia. Pendant près de deux heures, des échanges de tirs d’armes lourdes et légères ont semé la panique parmi les habitants, dont certains se sont réfugiés dans la brousse.
« Nous avons entendu des coups de feu sans interruption pendant longtemps. Certains habitants ont fui dans la forêt par peur », témoigne un résident.
Les affrontements ont également perturbé le trafic sur la Route nationale 27 (RN27), principal axe reliant Bunia à Mahagi, brièvement coupé en raison de l’insécurité et des mouvements militaires.
Au même moment, dans le territoire voisin de Djugu, la paroisse catholique d’Iga Barrière a été le théâtre d’un épisode de grande confusion. Des militaires FARDC ont encerclé l’église en pleine messe dominicale, provoquant la panique chez les fidèles. Plusieurs d’entre eux ont été contraints de se cacher sous les bancs pour se protéger.
Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux montrent des chrétiens allongés au sol dans l’enceinte du lieu de culte, visiblement apeurés. Selon des témoins, cette opération ferait suite à des soupçons de présence d’éléments armés dans les environs, possiblement liés à la milice CRP.
« Les militaires ont encerclé l’église. On n’a reçu aucune explication », témoigne un habitant joint par téléphone.
En fin de journée, le lieutenant Jules Ngongo, porte-parole du secteur opérationnel FARDC en Ituri, a confirmé la neutralisation de quatre miliciens CRP et la blessure de dix autres lors de ces opérations coordonnées à Solenyama et Iga Barrière. Il a assuré que la situation était « totalement sous contrôle ».
Face aux scènes survenues à l’église, la société civile s’indigne et appelle à la retenue. Plusieurs voix dénoncent une atteinte à la liberté religieuse et exigent des enquêtes sur les circonstances exactes de l’intervention militaire.
« Les lieux saints doivent rester inviolables, même en période de conflit. Rien ne justifie de semer la peur dans une église », réagit un militant des droits humains basé à Bunia.
L’Ituri demeure une province instable où les FARDC intensifient les opérations de ratissage pour démanteler les groupes armés encore actifs, notamment la CRP. Pourtant, ce sont les civils qui continuent de payer le prix fort de cette insécurité persistante.
Heri Budjo Joël




