La disparition progressive des arbres à Bunia préoccupe de plus en plus les acteurs environnementaux. Face à l’expansion rapide de la ville et à la réduction des espaces verts, deux chercheurs de l’Institut Supérieur Pédagogique (ISP) de Bunia, dont un journaliste, proposent une solution locale : la création d’une pépinière spécialisée dans la production d’arbres d’ombrage destinés au reboisement urbain.
Intitulé « Création d’une entreprise de pépinière d’arbres d’ombrage en ville de Bunia », ce projet est l’œuvre de Ngabu Pipi Jean-Vianney et Ulang’u Upar Moïse, chercheurs du Département de Géographie et Gestion de l’Environnement de l’ISP Bunia. Leur travail a été présenté et défendu dans le cadre de l’obtention du grade de licencié en Pédagogie appliquée, option Géographie et Gestion de l’Environnement, pour l’année académique 2025-2026, sous la direction de Kababo Kakani Germain, chef de travaux, et Wathu-Mbe Agamba Maurice, assistant.
Un déficit alarmant de plants dans une ville en pleine expansion
Les résultats de cette recherche mettent en évidence un important déséquilibre entre les besoins de reboisement et la disponibilité des plants à Bunia.
Avec une population estimée à plus d’un million d’habitants répartis dans 307 408 ménages, la ville ne dispose que de 166 432 plantules produites en 2026, un volume jugé insuffisant pour répondre aux besoins d’une agglomération en pleine croissance.
L’étude révèle également que 36,3 % des plantules produites sont commercialisées en dehors de Bunia, réduisant ainsi les capacités locales de restauration du couvert végétal.
Selon les chercheurs, cette situation favorise la dégradation de l’environnement urbain, notamment par l’augmentation des températures, la détérioration de la qualité de l’air, l’érosion des sols et la disparition progressive de certaines espèces végétales et animales.
L’urbanisation accélère la disparition des espaces verts
Les auteurs soulignent que la croissance démographique et l’extension des constructions transforment profondément le paysage urbain de Bunia.
Des espaces autrefois couverts de végétation cèdent progressivement la place aux habitations, commerces et infrastructures publiques. Si cette évolution accompagne le développement de la ville, elle entraîne aussi une réduction des espaces capables d’assurer des fonctions écologiques essentielles.
Pourtant, les arbres jouent un rôle majeur dans les villes : ils atténuent les fortes chaleurs, améliorent la qualité de l’air, limitent l’érosion des sols, réduisent les effets des pluies intenses et contribuent à l’embellissement du cadre de vie.
Les chercheurs estiment que l’insuffisance de la production locale de plants constitue l’un des principaux freins au reboisement. À cela s’ajoutent le manque de sensibilisation de la population, l’insuffisance d’espaces réservés à la plantation et les difficultés d’accès au foncier.
Une pépinière pour produire 12 000 plants en deux ans
Pour inverser cette tendance, le projet prévoit la création d’une pépinière d’arbres d’ombrage durant une phase pilote couvrant la période 2026-2027.
Avec un investissement estimé à 1 347 dollars américains, les promoteurs ambitionnent de produire 12 000 plantules qui seront proposées aux habitants à un coût abordable afin d’encourager le reboisement des parcelles, écoles, institutions et autres espaces disponibles.
Au-delà de la production des plants, le projet prévoit également des campagnes de sensibilisation sur les bienfaits écologiques, sanitaires et climatiques des arbres en milieu urbain.
Une initiative pour renforcer la résilience climatique de Bunia
Pour les porteurs du projet, cette pépinière représente bien plus qu’une activité génératrice de revenus. Elle constitue une réponse concrète aux défis environnementaux et climatiques auxquels Bunia est confrontée.
À l’heure où plusieurs villes africaines misent sur des solutions fondées sur la nature pour faire face aux effets du changement climatique, cette initiative pourrait contribuer à restaurer durablement le couvert végétal de Bunia tout en créant des opportunités d’emplois dans le secteur environnemental.
À travers ce projet, Moïse Ulang’u Upar et Jean-Vianney Ngabu Pipi souhaitent démontrer que le reboisement constitue un levier essentiel pour améliorer la qualité de vie des habitants et préserver l’environnement pour les générations futures.
Heri Budjo Joël




