Face à la menace grandissante de l’épidémie d’Ebola dans la province de l’Ituri, l’Église du Christ au Congo (ECC) passe à l’offensive. Loin de se cantonner au seul discours spirituel, le leadership ecclésiastique impose un virage sanitaire radical au sein de ses communautés pour endiguer la propagation du virus.
Une adhésion totale aux directives étatiques
Interrogé sur les dispositions en vigueur, Monseigneur Théodore Katembo, président de l’ECC pour l’Ituri et le Haut-Uélé, a d’abord clarifié l’alignement des institutions religieuses sur le pouvoir public :
« Les dispositions qui sont prises, nous nous appuyons d’abord aux dispositions qui sont prises par le gouvernement congolais et le gouvernement provincial. »
Au-delà de l’installation obligatoire de points de lavage des mains au savon et de l’usage de gels hydroalcooliques à l’entrée des temples, l’ECC a choisi d’aller plus loin en modifiant des rituels ancrés depuis des décennies.
Fin des impositions des mains et réorganisation des sacrements
Pour limiter les contacts physiques, vecteurs principaux du virus, les pratiques de prière de guérison ont été drastiquement revues. Monseigneur Katembo s’est montré catégorique :
« Nous avons découragé le système de prière avec imposition de mains, puisque quand vous imposez les mains, sachez très bien que vous allez quitter avec ce sueur entre vos mains… On peut prier aussi sans imposer les mains. »
La célébration de la Sainte Cène et la collecte des offrandes, moments forts du culte, subissent également une refonte logistique. L’objectif : supprimer les objets partagés.
« Il y a des communautés qui font circuler, et chacun met sa main pour prendre. Nous avons dit qu’il faut quand même décourager ça pendant cette période-ci, et une bonne sécurisation de la distribution de la Sainte Cène. »
Même constat pour les paniers à offrandes traditionnels, désormais remplacés par des réceptacles fixes pour éviter que des dizaines de fidèles n’y plongent successivement les mains. De plus, le personnel d’accueil (le protocole) suit désormais des formations spécifiques pour gérer les flux de fidèles de manière sécurisée.
Halte au « complotisme » et à la fausse spiritualité
Face à la désinformation qui circule sur les réseaux sociaux et à la peur qui paralyse certains croyants, le prélat de l’ECC refuse de laisser place aux théories du complot ou à un excès de confiance mystique qui mettrait des vies en danger.
« L’exhortation est celle de leur montrer le danger qui est là. Nous leur disons que Ebola tue. Nous ne devons pas vivre avec des illusions, avec des mensonges que les autres sont en train de faire circuler. »
Pour lui, refuser de se protéger sous prétexte d’une foi inébranlable relève de l’inconscience criminelle. Il rappelle d’ailleurs que plusieurs leaders religieux ont déjà perdu la vie en violant les consignes sanitaires.
« Puisqu’un serviteur de Dieu qui va se prétendre trop spirituel en allant imposer les mains sur des têtes de gens en ce moment-ci, s’expose lui-même et s’expose aussi sa famille. »
L’appel au civisme réitéré en swahili
Soucieux de toucher l’ensemble de la population de l’Est de la RDC, Monseigneur Katembo a conclu son message par un appel vibrant en swahili, insistant sur le fait que la prière n’exige pas de contact physique et que la vigilance doit être maximale :
« Na Kiswahili tunasema hivi : Ebola iko na inaua kweli. C’est pour cela, sisi hata kanisa, tunasema tujikinge… » (En swahili nous disons ceci : Ebola est là et elle tue réellement. C’est pour cela que nous, même à l’église, nous disons protégeons-nous…) Le message est clair : la foi ne dispense pas de la science, et l’heure est à la discipline collective pour vaincre l’épidémie.
Jonas Mukonkole




