À Bule, centre de négoce stratégique de la chefferie des Bahema Badjere, situé à plus de 90 kilomètres au nord de Bunia, chef-lieu de la province de l’Ituri, dans le territoire de Djugu, l’insécurité n’est plus un accident : elle est devenue une routine. Une routine mortifère et épuisante qui use les nerfs, brise les espoirs et vide progressivement cette entité de ses forces vives.
Depuis plusieurs semaines, les affrontements entre les FARDC et les miliciens de la CRP (Convention pour la Révolution populaire) de Thomas Lubanga se succèdent à un rythme presque régulier. Un scénario désormais bien connu des habitants : les miliciens sont délogés, se replient, puis reviennent. L’armée reprend le contrôle, puis le perd. Et ainsi de suite.
« Ils sont chassés, ils reviennent. Nous sommes fatigués », lâche un habitant, la voix chargée de lassitude et de désespoir.
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Curieusement, ces combats se déroulent sous le regard de forces censées dissuader toute escalade : les soldats ougandais de l’UPDF et les Casques bleus de la MONUSCO, tous deux disposant de bases dans la zone.
Dimanche et lundi, la population a vécu au rythme des explosions. Des sources locales font état de tirs de bombes et d’obus tombés dans l’entité. Selon ces mêmes sources, il s’agirait de projectiles tirés par l’armée, visant des positions de la CRP. Radio Okapi rapporte que trois civils blessés par ces tirs ont été évacués par les Casques bleus de la MONUSCO vers une structure sanitaire pour y recevoir des soins appropriés. Mais une question demeure centrale : pourquoi les civils continuent-ils à payer le prix fort ?
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Car à Bule, la violence armée ne se limite pas aux affrontements militaires. Elle s’attaque aussi au tissu social. Le président de la société civile locale, Désiré Malodra a été assassiné par des inconnus. Un crime de trop, qui plonge la communauté dans la peur, l’incertitude et le silence. Les activités économiques sont au point mort, les marchés fermés et la population se voit contrainte de fuir, vivant dans des conditions humanitaires extrêmement précaires.
Certes, selon les dernières informations, Bule serait de nouveau sous contrôle des FARDC après le retrait des combattants de la CRP. Mais cette annonce, déjà entendue par le passé, peine à rassurer. Pourquoi l’armée loyaliste ne parvient-elle pas à s’imposer durablement à Bule, comme elle l’a fait à Iga Barrière, Lopa ou Nyamamba ? Pourquoi l’autorité de l’État reste-t-elle si fragile dans cette partie du territoire de Djugu ?
L’armée pointe du doigt la CRP, accusée d’utiliser les déplacés et la population civile comme boucliers humains, tout en bénéficiant de complicités locales. Des combattants se dissémineraient dans des sites de déplacés, pourtant censés rester à l’écart des combats et bénéficier d’une protection adéquate. Si ces accusations sont avérées, elles illustrent l’ampleur du défi : la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais aussi au cœur des communautés, prises en étau entre groupes armés, méfiance et simple instinct de survie.
Bule ne peut pas continuer à être un champ de bataille à répétition. Restaurer l’autorité de l’État ne signifie pas seulement reprendre une localité, mais y garantir une sécurité durable, protéger les civils, rétablir la confiance et relancer la vie économique. À défaut, chaque reprise militaire ne sera qu’un sursis et chaque retrait ennemi, une promesse de retour.
Et pendant que les stratégies s’ajustent, la population, elle, s’épuise.
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