Depuis plusieurs mois, un phénomène social inhabituel prend de l’ampleur dans le territoire de Mahagi, en province de l’Ituri, au nord-est de la République démocratique du Congo. Des jeunes filles, des femmes mariées ou divorcées, et parfois même des hommes, affichent leurs états d’âme, s’expriment à travers des messages inscrits au dos de leurs vêtements.
Souvent provocateurs, ces écrits véhiculent des injures, des attaques personnelles ou des messages à caractère intime. Ils sont visibles aussi bien dans les lieux de culte que dans les foyers, lors de manifestations publiques et dans les rues. Ce phénomène est particulièrement observé dans les zones riveraines du lac Albert, les centres de négoce ainsi que dans plusieurs chefferies, notamment Anghal, War Palara, Panduru, Djukoth et Alur Djuganda.
Des messages à l’origine de tensions sociales
Rédigées majoritairement en langue alur, ces inscriptions sont souvent sources de conflits, de disputes et parfois de règlements de comptes entre individus.
Parmi les messages fréquemment rencontrés figurent notamment :
- « Ibina aruma » : tu me verras en t’agenouillant
- « Gyer mwa wec mwu » : à nous le mariage, à vous la spéculation
- « Lal pa gyer nyutho ngo nia wiyalal » : le divorce ne signifie pas que je ne retrouverai pas un conjoint
- « Wek wiya yom » : laisse-moi tranquille
- « Ithum ikuma » : Je n’ai plus envie de toi
Si certains messages traduisent la provocation ou le règlement de comptes, d’autres expriment la joie, la fierté ou la célébration d’un succès personnel.
Des opinions divergentes au sein de la population
La rédaction de visibilitemedipro.cd a recueilli les réactions des habitants et de certaines figures intellectuelles de Mahagi. Les avis restent partagés : pour les uns, il s’agit d’une simple forme d’expression sans gravité ; pour les autres, cette pratique constitue une dérive, un risque de tension sociale, qui devrait interpeller les autorités judiciaires.
« Elle cherche simplement à sauver son honneur alors qu’elle traverse une situation difficile. Si elle est mariée, cela montre qu’elle se reproche quelque chose ; si elle est célibataire, elle est souvent associée à des situations douteuses. Même certains intellectuels portent ces habits. Ne stigmatisons pas uniquement nos sœurs et nos mères », confie un habitant de Mahagi.
Les alertes des psychologues et de la société civile
Pour les psychologues, ce phénomène mérite une analyse approfondie afin d’en identifier les causes et d’envisager des solutions appropriées. La société civile, quant à elle, y voit une dérive sociale préoccupante.
« La police devrait sanctionner ce type de comportement, car il porte atteinte aux mœurs. Les messages imprimés sur ces vêtements concernent des personnes spécifiques et non le public. Les imprimeries doivent refuser ce genre d’inscriptions pour prévenir les abus. Les parents ont également la responsabilité d’interdire à leurs enfants de porter des habits qui les exposent », recommande Innocent Wabekudu, coordonnateur de la société civile de Mahagi.
Jean Maurice Udaga




