Un couvre-feu a été instauré mercredi soir à Dar es-Salaam, capitale économique de la Tanzanie, à l’issue d’une journée de vote agitée. Des manifestations ont éclaté dans plusieurs quartiers, malgré les appels au calme lancés par les autorités.
Des vidéos largement relayées sur les réseaux sociaux montrent des groupes de manifestants marchant aux côtés de soldats restés visiblement calmes. D’autres images font état d’attaques contre des bureaux de vote et d’actes de vandalisme. Ces scènes contrastent avec le début de la journée, marqué par une relative sérénité.
“Dieu merci, tout est calme ici. Je suis entré et sorti facilement, tout est paisible,” témoignait un électeur.
Cette tranquillité apparente n’a toutefois pas résisté à la montée des tensions. Le scrutin présidentiel et législatif, jugé sans véritable suspense, s’est déroulé dans un climat d’exclusion politique. La présidente sortante, Samia Suluhu Hassan, 65 ans, ne faisait face à aucun adversaire sérieux : plusieurs figures de l’opposition ont été écartées, disqualifiées ou emprisonnées avant même le jour du vote.
Des membres du principal parti d’opposition, le Chadema, affirment vivre dans la peur et la clandestinité.
“Personne n’est en sécurité, sauf ceux qui soutiennent le gouvernement. Quiconque critique Samia risque d’être arrêté ou réduit au silence,” a déclaré un militant sur TV5Monde Afrique.
Selon Amnesty International, le scrutin a été précédé d’une vague de répression sévère. L’organisation dénonce des disparitions forcées, des arrestations arbitraires et des exécutions extrajudiciaires. Depuis janvier 2024, Amnesty affirme avoir documenté de nombreuses violations des droits humains attribuées au régime de Samia Suluhu Hassan, qui s’appuierait sur des lois jugées vagues et répressives pour faire taire toute voix dissidente qu’elle soit politique, citoyenne ou journalistique.
La presse internationale a été largement tenue à l’écart de la couverture du scrutin. Plusieurs médias étrangers n’ont pas obtenu d’accréditation, et dans les dernières heures du vote, l’accès à internet a été coupé sur l’ensemble du territoire, isolant davantage les citoyens.
Ce climat de peur et de méfiance jette une ombre sur la crédibilité du processus électoral. Pour de nombreux observateurs, ces élections ressemblent davantage à une démonstration de force du pouvoir qu’à une véritable expression démocratique.
Eugène Laro




