Le nombre de personnes déplacées en Haïti en raison de la violence et de l’instabilité a atteint un niveau historique. Selon le dernier rapport de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1,4 million d’Haïtiens ont été contraints de fuir leur domicile en 2025, soit une augmentation de 36 % par rapport à la fin de l’année précédente. Il s’agit du chiffre le plus élevé jamais enregistré dans le pays.
« La gravité de cette crise exige une intensification de la réponse », a déclaré Grégoire Goodstein, chef de mission de l’OIM en Haïti.
« La générosité des communautés haïtiennes doit être accompagnée d’un soutien international renouvelé. Ce qu’il faut maintenant, ce sont des solutions durables pour redonner dignité et résilience aux Haïtiens. »
Le rapport souligne que près de deux tiers (64 %) des nouveaux déplacements ont eu lieu en dehors de la capitale, notamment dans les départements du Centre et de l’Artibonite. Les sites d’accueil sont saturés et souffrent d’un manque criant de services essentiels. Le nombre de sites de déplacement spontanés est passé de 142 en décembre à 238 aujourd’hui.
Les communautés locales, déjà vulnérables, accueillent environ 85 % des déplacés, ce qui exerce une pression considérable sur des ressources limitées. Les femmes et les enfants représentent plus de la moitié des personnes déplacées. De nombreuses familles ont été séparées, certains parents envoyant leurs enfants vers des zones plus sûres.
A la frontière avec la République dominicaine, les tensions s’intensifient. Depuis janvier 2025, plus de 207 000 Haïtiens expulsés sont revenus dans un contexte marqué par la montée en puissance des gangs armés.
Face à cette situation, l’OIM a étendu ses opérations au-delà de Port-au-Prince. Ses équipes interviennent sur le terrain pour fournir des abris d’urgence, de l’eau potable, des soins médicaux, un soutien psychosocial et des moyens de subsistance.
En parallèle, l’organisation investit dans des programmes d’éducation, d’emploi et de réhabilitation communautaire, en collaboration avec les autorités locales. Cette approche intégrée, centrée sur la sécurité, la résilience et la réintégration, vise à restaurer une paix durable dans les zones affectées.
Alors que les besoins humanitaires explosent, l’OIM renouvelle son appel à la communauté internationale pour renforcer le financement et améliorer l’accès à l’aide. L’objectif est de garantir que l’assistance d’urgence parvienne aux plus vulnérables, tout en soutenant des solutions à long terme pour s’attaquer aux causes profondes des déplacements.
« Sans un soutien immédiat et durable, les souffrances de centaines de milliers d’Haïtiens déplacés et expulsés ne feront que s’aggraver », prévient l’OIM.
Heri Budjo Joël


