Dans un atelier discret mais essentiel, niché au cœur du centre hospitalier Rwankole, des techniciens s’affairent chaque jour à redonner espoir et mobilité aux personnes en situation de handicap. Ce lieu constitue le pilier du département de réadaptation physique, où naissent prothèses et orthèses à travers un processus aussi technique qu’humain.
La prise de mesures, étape fondamentale
Tout débute dans la salle de mesures, où les techniciens relèvent avec précision les dimensions du membre du patient.
« La prise de mesures, c’est la première étape », explique le technicien Romain Murenzi. « Pour un amputé, on mesure la partie restante du membre afin de concevoir une prothèse parfaitement adaptée. Si une jambe est amputée, nous prenons aussi la mesure de l’autre pour assurer la symétrie. » a précisé monsieur Romain Murenzi
Ces données servent à créer un moule, base indispensable à la fabrication de l’appareil.
De la rectification au moulage
Une fois le moule réalisé, vient la phase de rectification. Elle consiste à modeler la forme selon des normes précises.
« Pour un tibia, par exemple, il y a des zones où il ne faut pas exercer de pression et d’autres qu’il faut renforcer », détaille le technicien Romain Murenzi.
Le moulage s’effectue à l’aide d’un mélange de ciment versé dans le moule. Une fois durci, il devient le socle du futur dispositif.
Le plastique prend forme à 180°C
La fabrication se poursuit dans une salle équipée d’un four électrique chauffé à environ 180°C. Les techniciens y placent des feuilles de polypropylène, un plastique spécifique aux prothèses.
« Quand le plastique devient souple, nous l’appliquons sur le moule. Ensuite, grâce à une machine appelée pompe à grits, l’air est aspiré pour que le plastique épouse parfaitement la forme », explique-t-il.
Une fois refroidi, le plastique durcit et forme la coque externe de la prothèse. Les excédents sont découpés, puis les pièces nécessaires articulations, tiges, pieds sont ajoutées selon le cas.
Orthèses et prothèses : deux dispositifs distincts
Le centre ne se limite pas à la fabrication de prothèses pour amputés. Il conçoit également des orthèses, destinées à soutenir un membre affaibli mais intact.
« L’orthèse aide à marcher ou à stabiliser un membre, tandis que la prothèse remplace un membre manquant », précise M.Romain Murenzi
Chaque appareil est doublé d’une mousse souple appelée EVA, placée à l’intérieur pour garantir le confort du patient.
Un stock alimenté par le CICR
Dans la salle de stockage, les matériaux mousses, plastiques, visseries, métaux sont soigneusement rangés.
« Tout ce que vous voyez ici provient du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ce sont des dons, car ces matériels ne sont pas disponibles localement à Bunia », confie-t-il.
Finition et sécurité
La dernière étape se déroule dans la salle des machines. Les techniciens y poncent les bords, percent les trous nécessaires et polissent chaque pièce pour éviter toute blessure.
Une fois l’appareil terminé, il est confié à l’équipe de kinésithérapeutes, chargée d’accompagner le patient dans sa rééducation fonctionnelle.
Un travail d’équipe au service du bien-être
Pendant que les techniciens fabriquent les dispositifs, les équipes d’accompagnement psychosocial (APS) suivent les patients. Des séances individuelles et collectives sont organisées chaque semaine pour les aider à retrouver confiance et autonomie.
Redonner vie et dignité
Le centre produit aussi bien des prothèses pour les membres inférieurs et supérieurs que des corsets et ceintures orthopédiques pour les personnes souffrant de troubles de la colonne vertébrale.
« Notre objectif, c’est d’aider chaque patient à marcher à nouveau, à vivre dignement », conclut le technicien Romain Murenzi, le regard fier devant les appareils prêts à changer des vies.
Eugène Laro



